De l'art d'allumer l'enfumoir
De l'art d'allumer l'enfumoir
Parmi les quelques outils indispensables à l'apiculteur lorsqu'il travaille auprès de ses ruches, il en est un primordial : l'enfumoir. La sécurité des interventions et du travail dépend de son usage (et là c'est une question de pratique) mais surtout de son bon fonctionnement. En effet rien ne sert de savoir utiliser l'enfumoir à
bon escient si celui-ci est défaillant quand on a besoin de ses services dans l'instant même.
D'abord voyons comment la fumée arrive à calmer les abeilles. Sans doute avez-vous remarqué lors de visites bon nombre d'abeilles la tête plongée au fond des cellules, occupées à se gorger de miel. C'est là un des effets de la fumée; celle-ci déclenche chez l'abeille un réflexe dit archaïque. Dans la mémoire ancestrale de son espèce fumée = forêt en feu = départ immédiat donc provisions au maximum en prévision d'une réinstallation ailleurs. L'objectif n'est plus la défense mais la sauvegarde.
La communication dans la ruche se fait au moyen de phéromones, substances sécrétées par la reine, les ouvrières, le couvain et qui informent la colonie de ce qui se passe dans la ruche. Lors d'une visite, quelques bouffées de fumée masqueront toutes ces odeurs que sont les phéromones et en particulier la phéromone d'alerte qui incite les abeilles à être agressives de même que l'odeur du venin qui accroît celle-ci.
Voyons maintenant qu'elles doivent être les qualités de la fumée de l'enfumoir ?
Il est bien sûr difficile de concilier toutes ces exigences dans un même produit qui doit de surcroît être peu onéreux et facile à se procurer. Chacun ayant ses habitudes on peut lister ce qui se fait dans la région avant de proposer des solutions convenables.
Le foin est bien sûr le plus utilisé, il doit être de mauvaise qualité c'est à dire plutôt jaune et vieux. Le gazon est à proscrire, il convient très bien pour l'allumage mais ne dure pas très longtemps.
Les copeaux de bois conviennent assez bien mais certaines essences produisent des fumées chaudes.
Le bois décomposé est parfois utilisé.
La bouse de vache et le crottin de cheval conviennent aussi mais rebutent de par leur origine.
La toile de jute (vieux sacs) très utilisée autrefois est à proscrire car elle est actuellement traitée contre les insectes et contient certainement des produits toxiques.
Les granulés de luzerne déshydratée sont très utilisés ; ils durent très longtemps et produisent une fumée froide mais dégagent une odeur très marquante.
Les aiguilles de pin sèches chauffent un peu mais ont une bonne odeur.
Il existe dans le commerce des granulés à base de noyaux d'olives, de déchets de lavande. Leur seul inconvénient est leur coût.
Une bonne solution consiste à allumer l'enfumoir avec du foin bien sec et plutôt vieux puis de le charger avec des granulés de luzerne déshydratée mélangés à des aiguilles de pin sèches. Enfin coiffer le tout avec un gros bouchon d'herbe verte que l'on change régulièrement.
Pour une intervention de très courte durée (accès au nourrisseur, réduction des entrées..) un simple allumage au foin suffit.
Pour la récolte du miel, l'usage de la fumée doit être réduit à son strict minimum.
En conclusion, si vous disposez d'un enfumoir d'un bon volume ainsi que des combustibles nécessaires à son bon fonctionnement, il ne vous reste plus qu'à maîtriser le bon usage de celui-ci et... ce n'est pas une mince affaire ! C'est d'ailleurs par cette maîtrise que chaque apiculteur devrait commencer son apprentissage. Ce sera le sujet d'un prochain article Du bon usage de l'enfumoir.
Jean-Louis PERDRIX / Marc FOUGEROUSE
Bulletin n° 34 Mai 2001